Au Jardin des plantes de Montpellier, une tour de cinq mètres coiffée d’une coupole en zinc se dresse entre le grand bassin et l’ancienne serre. Ce pavillon astronomique paraît aujourd’hui parfaitement intégré au paysage. Pourtant, sa construction en 1879 a déclenché une lutte d’influence au sein de l’Université de Montpellier.
Derrière le conflit se trouvent deux savants reconnus, André Crova et Charles Martins. Le premier veut offrir un écrin à l’un des meilleurs instruments de son époque. Le second considère le jardin comme son domaine et refuse de voir une construction scientifique empiéter sur l’œuvre de toute une vie.
Le récit publié le 15 août 2026 par En Commun – Montpellier revient sur ce premier acte, où l’observation des étoiles se mêle à une querelle de territoire universitaire.
Un télescope de Foucault attendu au sommet de la science
En 1879, André Crova vient d’obtenir un instrument exceptionnel grâce à un don financier : un télescope de Foucault, alors présenté comme le plus performant au monde. Arrivé à Montpellier quinze ans auparavant comme professeur de lycée, il occupe depuis 1870 la chaire de physique de la faculté des sciences.
Crova s’est notamment fait connaître par ses travaux sur la mesure de la constante solaire, c’est-à-dire l’énergie reçue du Soleil sur une surface donnée aux limites de l’atmosphère. Spécialiste de l’optique et des radiations solaires, il dispose enfin d’un équipement à la hauteur de ses recherches.

La question de son installation devient immédiatement sensible. Crova choisit le Jardin des plantes, tandis que Charles Martins, directeur du site, défend une implantation sur l’une des collines dominant Montpellier. Le recteur hésite, mais la faculté des sciences, soutenue notamment par Édouard Roche, obtient gain de cause.
Le Jardin des plantes au cœur d’une bataille de pouvoir
Le refus de Charles Martins ne relève pas d’une simple préférence esthétique. Titulaire de la chaire de botanique et d’histoire naturelle à la faculté de médecine, le scientifique dirige le jardin depuis 1851. Ses expéditions en Europe et dans le monde arabe ont nourri ses recherches en phytogéographie, bioclimatologie, géologie et météorologie.
En vingt-huit ans, il a rapporté plusieurs dizaines de milliers de plants, aménagé une allée anglaise et fait construire une serre chaude de 400 mètres carrés. À 73 ans, il regarde le Jardin des plantes comme une œuvre personnelle, bien que celui-ci appartienne conjointement aux facultés de médecine et des sciences.
Cette indivision constitue le véritable nœud de la discorde. Martins s’est progressivement comporté comme le seul maître des lieux. L’arrivée d’un pavillon voulu par la faculté des sciences, près de son bassin de lotus, remet brutalement en cause cette autorité informelle.

Il tente donc de retarder les travaux. Mais Crova bénéficie d’appuis à Paris et, en janvier 1879, le ministre de l’Instruction publique Agénor Bardoux ordonne que la construction commence sans délai.
La nuit où Antarès a validé le nouvel observatoire
Le chantier est achevé en trois mois. La tour reçoit une coupole tournante en zinc, assemblée sur place, qui permet d’orienter l’ouverture vers la zone observée. Le télescope dispose également d’un mouvement d’horlogerie compensant la rotation de la Terre afin de conserver l’astre dans son champ.
Cette rapidité répond à une échéance scientifique précise. Le 28 juillet 1879, la Lune doit passer devant Antarès. Le soir venu, André Crova prend place sous la coupole et règle son instrument.
À 21 h 54, Antarès disparaît derrière le bord lunaire avec une grande netteté. Le télescope révèle même la compagne de l’étoile, invisible à l’œil nu. Pour Crova, cette observation constitue la démonstration attendue des capacités du nouvel équipement.

Le maire Alexandre Laissac le félicite, tandis que ses collègues l’invitent à consigner immédiatement ses résultats. Cette réussite arrive quelques semaines avant la huitième session du congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, organisée à Montpellier devant l’élite scientifique nationale.
Une victoire scientifique, mais une querelle inachevée
Le pavillon offre alors à Montpellier un argument de prestige scientifique. Le télescope de Foucault sera transféré en 1964 à l’Université des sciences et techniques du Languedoc et classé monument historique.
À l’été 1879, André Crova savoure cependant son succès tandis que Charles Martins garde le silence. La source présente cet épisode comme le premier volet d’une histoire en deux actes : la riposte du directeur du Jardin des plantes reste encore à raconter.
Source: En Commun – Montpellier
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Source et verification Origine du récit
Cette adaptation repose sur le récit historique publié par En Commun - Montpellier le 15 août 2026.
- La date de l’observation d’Antarès, le 28 juillet 1879, a été conservée telle qu’indiquée...
- L’emplacement du pavillon entre le grand bassin et la serre neuve reprend la description d...
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- Le transfert du télescope en 1964 et son classement comme monument historique sont attribu...
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- En Commun - Montpellier
- Portée
- Montpellier
- Mis à jour
- 2026-08-16 19:36
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